Editorial du Secrétaire Général, Gilbert FOUILHE

, par udfo34

Le 19 juin 2020, Yves VEYRIER, Secrétaire Général de Force Ouvrière a écrit à madame Pénicaud, Ministre du travail. Ce courrier est un peu long mais éclaire bien la situation économique, nos inquiétudes mais apporte aussi nos solutions. Les médias disent trop souvent à tort que les syndicats ne proposent rien et ne sont que dans la contestation. Il n’en est rien, nos propositions ne s’inscrivent certainement par dans un système économique où seul le profit compte mais elles peuvent être facilement être appliquées. Sur l’Hérault il y a aussi des annonces de PSE : Orchestra, Alinéa, Conforama…Pour l’instant la vague des mauvaises nouvelles ne s’est pas encore produite si ce n’est que les contrats en intérim et les contrats en CDD se sont effondrés. Dans ce contexte le courrier ci-dessous prend tout son sens.

« Au risque sanitaire pour les salariés – qui justifie notre demande constante de rétablissement des CHSCT – s’est ajouté très vite, pour nombre d’entre eux, le risque social, les pertes de rémunération dans le cas du chômage partiel, la peur de perdre son emploi, quand ce ne fut pas immédiatement la perte de l’emploi, et de celle du droit à l’indemnisation. Nos syndicats sont et seront mobilisés pour défendre à la fois l’emploi et les salaires. Mais déjà, l’effondrement de l’intérim, les fins de période d’essai, les contrats courts non renouvelés, la multiplication des licenciements individuels et les premières annonces de plans de licenciements économiques font craindre le pire pour les semaines et les mois à venir si les mesures indispensables ne sont pas prises. Les chiffres impressionnants publiés par Pôle Emploi sont autant de drames individuels particulièrement pour les plus précaires, subissant les abus de contrats courts et les conséquences des dispositions de la réforme de l’assurance chômage. Vous connaissez notre position : cette situation a montré le bienfondé de l’opposition des organisations syndicales. FO demande l’abandon de cette réforme et le retour à la convention négociée en 2017, qui était initialement en vigueur jusqu’à la fin 2020. Il s’agit ainsi de rétablir les droits en matière d’entrée dans le droit, de rechargement de droit, de niveau d’allocation. Jusqu’à présent, le dispositif d’activité partielle a permis de limiter ou de retarder les effets de la crise sanitaire sur l’emploi. C’est pourquoi Force ouvrière a soutenu le dispositif exceptionnel mis en place pour indemniser les salariés des entreprises dont l’activité a été mise partiellement ou totalement à l’arrêt au plus fort de l’épidémie. Mais nous avons déploré que l’augmentation considérable de la contribution de l’Unedic, dans la prise en charge de l’activité partielle, ait été faite sans consultation et information préalable des partenaires sociaux. Cette situation nous amène à réitérer l’urgence d’un débat de fond sur la clarification des responsabilités et des financements en matière de protection sociale collective, entre ce qui relève de l’Etat et ce qui relève du paritarisme. Au regard de l’emploi, FO s’est exprimée clairement quant à la nécessité de soutenir la reprise par un dispositif prolongeant l’activité partielle. Nous avons indiqué qu’il nous semblait indispensable que l’évolution de la prise en charge de l’Etat soit accompagnée d’un contrôle strict des procédures de suppressions d’emplois, afin d’interdire la possibilité de licenciements lorsque qu’une entreprise bénéficie d’aides publiques. Nous avons renouvelé notre appel à ce que soient révisées les procédures d’allocations d’aides publiques, en les évaluant et les ciblant plus efficacement, avec des conditions, contrôle et sanctions. C’est dans ce cadre que nous estimons nécessaire de responsabiliser les donneurs d’ordre sur les sous-traitants – FO demandant de longue date une négociation sur cette question – et plus largement sur la chaîne de valeurs sans oublier les groupes capitalistiques sur leurs filiales. Nous renouvelons l’impératif d’une interdiction de versement de dividendes aux actionnaires privés quand les entreprises bénéficient d’aides publiques. Nous avons aussi souligné l’importance d’associer à la protection de l’emploi, celle des salaires, protestant contre les incitations à la modération des salaires, notamment dans le contexte du dispositif d’activité partielle spécifique que le gouvernement vient de faire adopter. Comme nous l’avons dit au Président de la République et à plusieurs reprises publiquement, cela constituerait une double erreur. D’abord, car les salariés ne sont en rien responsables de la crise actuelle, pas plus qu’ils ne l’étaient de celle de 2008 dont ils ont pourtant alors fait les frais ! Ensuite car la priorité doit être désormais celle de relancer l’activité. La pire des choses serait que s’enclenche une spirale de modération et baisse des salaires par effets dominos. Ce serait contreproductif, avec un risque récessif, sachant qu’en France l’activité est, plus qu’ailleurs, tirée par la consommation intérieure. Cela va avec l’une des leçons à tirer de la crise : favoriser la production intérieure par le développement d’une stratégie industrielle et de relocalisation d’activités. La relance doit s’appuyer sur l’augmentation du SMIC et des salaires, à commencer par ceux des salariés et agents des services de santé et du médicosocial, comme de toutes celles et ceux des professions et métiers dont on s’est aperçu de leur rôle essentiel, bien qu’ils soient en bas de l’échelles des salaires (des services à la personne, du nettoyage - propreté, de la chaîne de l’approvisionnement, de la production jusqu’au commerce de proximité, et bien d’autres…). En ce qui concerne l’emploi des jeunes nous estimons nécessaire de favoriser l’embauche de jeunes qui vont être confrontés à l’issue de la crise sanitaire et à la fin de leurs parcours d’études, à une entrée forcément plus difficile dans le monde professionnel. Nous proposons d’étudier la mise en place d’un système de solidarité d’aménagement de fin de carrière, type contrat de génération ou ARPE, visant à aménager les départs progressifs contre des embauches. Nous estimons nécessaires d’assurer là aussi un suivi permettant d’éviter les effets d’aubaine, toujours contreproductifs. Sur la formation professionnelle, nous soutenons nécessaire une adaptation et un renforcement des moyens notamment pour le plan d’investissement dans les compétences (PIC), initialement conçu pour favoriser en priorité le retour et l’insertion dans l’emploi. Dans le contexte actuel, marqué par la hausse du nombre de demandeurs d’emploi, il faut s’attendre à l’augmentation des personnes éligibles au PIC dans la mesure où les personnes peu ou pas qualifiées risquent de perdre leurs emplois. Enfin, concernant les travailleurs détachés, nous l’associons à la nécessité de mettre fin à une division du travail ou à une organisation des échanges fondées sur la recherche systématique du moindre coût du travail et conduisant au dumping social. FO a toujours soutenu un cadre juridique mettant sur un même pied les travailleurs détachés - pour que le travailleur ne soit pas détaché à seule fin d’un moindre coût du travail, mais qu’il bénéficie des mêmes droits que n’importe quel autre travailleur : à travail égal, salaire égal en intégrant la protection sociale collective, les garanties de la convention collective, un accès à la formation, aux droits à des congés...  »

Nous souhaitons bien sûr être entendus par la Ministre du travail. Il appartiendra aux salariés de se mobiliser afin que nos propos aient un écho auprès du Gouvernement. Sans votre détermination rien ne sera possible.